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BLACK L'abécédaire de BLACK
L'esclave, entre la chaîne et le fouet
Le Dictionnaire historique de la langue française LE ROBERT (Nouvelle édition, janvier 1994), établit que le mot "esclave" est emprunté "au latin médiéval sclavus" et en date le premier usage vers 1175. Il s'agirait, selon LE ROBERT, du "passage du sens de slave à ce lui d'esclave, produit durant le haut moyen âge, période où un grand nombre de Slaves des Balkans furent réduits en esclavage par les Germains et les Byzantins". Il est noté que le mot s'est répandu dans toute l'Europe (scliavo pour les Italiens, schiavo pour les Vénitiens, esclavo pour les Espagnols, sklave pour les Allemands, slave pour les Anglais). Dans les temps modernes le terme esclave désigne plus spécifiquement les hommes et les femmes d'Afrique victimes de la traite des Noirs. Le début de ce trafic se situe en 1441, alors que le navigateur portugais Antonio Gonzalez a ramené dans son pays plusieurs Noirs capturés sur les côtes africaines, les offrant à son retour à l'Infant Don Henri. L'esclavage en tant que système organisé et collectif, a été mis en place officiellement en 1517, alors que Charles-Quint a signé le premier asiento, une autorisation de traite monopolistique en faveur d'un groupement d'armateurs ou de marchands pour le transport et la vente de nègres en provenance de la côte occidentale d'Afrique. On a désigné ce privilège royal sous le nom d'asiento noir. L'esclave est un homme ou une femme d'origine africaine, de race noire, d'appartenance ethnique définie et libre de naissance.
L'esclave est devenu captif suite à une chasse (razzia) organisée, confié à une caravane, dirigé vers des points de rassemblement (baraccons), inspecté et fouillé jusque dans son intimité, vendu à des intermédiaires négriers selon des modalités de troc, embarqué vers des installations côtières et plus particulièrement vers les captiveries de l'île de Gorée au large du Cap-Vert au Sénégal, puis embarqué une nouvelle fois en direction de la Martinique, de Saint-Domingue, du Brésil, entre autres. L'esclave de la traite Atlantique est majoritairement destiné au travail forcé dans les habitations sucrières des Antilles françaises. Son travail est évalué en quantité volumétrique de cannes à sucre coupée par jour et en tonnage de sucre produit par année. L'espérance de vie moyenne d'un esclave de champ dans les Antilles est inférieure à dix ans. L'esclave est l'équivalent d'un sous-homme. Il devient un apatride, sans nom et sans appartenance définie. Il est un être libre que l'on condamne sans qu'il ait commis le moindre délit, à l'exil en perpétuité, aux travaux forcés, aux pires sévices corporels. Les historiens évaluent que quarante millions de Noirs ont été victimes de la traite négrière sous ses formes atlantique, transsaharienne et swahili. À elle seule, la traite atlantique a déraciné entre treize et quinze millions de Noirs en provenance de nombreuses ethnies fixées en Afrique de l'Ouest. Entre dix et quinze pour cent de ceux-là sont morts dans les entreponts des navires négriers. Dans le langage courant des négriers et des commerçants de l'époque, on désignait l'esclave comme pièce d'Inde (destiné aux Antilles) et plus tard, bois d'ébène. L'esclave n'a aucun droit puisque le Code noir ne lui reconnaît aucun statut. Arrivé aux Antilles, l'esclave est contraint à la religion, au régime concentrationnaire et aux châtiments extrêmes. Article 2 du Code noir Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine... Article 38 du Code noir L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du
jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et
sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule; et s'il récidive une autre
fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé
et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule et la troisième fois
il sera puni de mort. |